Full Moon Ride

Eric Barone > Performance éclair : Full moon ride

UN ECLAIR LA LUMIERE, EXPERIENCE

DE LA VITESSE

Le sportif est celui qui fonde le projet initial mais c’est le travail de rassemblement de tout un tas d’éléments rentrant en symbiose qui crée une telle performance.

Le BARON ROUGE dans les étoiles filantes !

21 janvier 2016

L’énergie de ce projet est directement induite par les forces présentes : la dénivelé, la puissance des monts, le froid, la beauté dégagée sont des ingrédients acteurs de la création.

Il est aussi important de voir l’homme derrière le sportif. Le sportif nait de la rencontre avec son outil, ici un vélo. Nous appellerons «objet éclair» le rassemblement de l’homme et de sa machine, pour le percevoir comme un tout.

Sans mettre l’homme au centre, comme une façon de placer les choses à leur juste valeur, «l’objet éclair», n’existera en lumière seulement lorsqu’il sera confronté à la vitesse. L’environnement lui, préexistant, sera mis en lumière, il sera, non pas éclairé mais souligné…

Le sportif propose un nouveau regard et nous invite dans l’expérience, tandis que la montagne la tolère et la porte.

Cette année, pour une première mondiale, Éric Barone a le désir de descendre de nuit, un soir de pleine lune. La mise en cécité presque totale permet au sportif l’intégralité de ces sens grandis, pour de nouvelles sensations, la nuit apparaît comme une renaissance.

C’est à nous, artistes, de développer aux abords de ce désir, afin d’apporter sensibilité à cette performance. Le noir nous permet la mise en lumière d’éléments dominants. Ce sera un jeu d’ombre, comme un tableau en clair obscur qui nous permet de raconter ces fulgurantes secondes.
La promesse d’un spectacle à couper le souffle a été tenue, bravo aux artistes, aux équipes et à Éric Barone

20h00, mon équipe et moi-même après plusieurs briefings menés par Marc et l’équipe artistique composée par deux personnes incroyables par leurs talents et leurs créativités décalées mais complices Marco et sa fille Maelys, nous voici donc au pied de cette piste mythique de vitesse à Vars pour un projet original, un soir de pleine lune sous une pluie d’étoiles.
Toutes les planètes sont donc réunies pour mener à bien ce projet qui est de réaliser une 1ère mondiale en vélo en partant de nuit sans éclairage du sommet de cette piste.
Ce projet anime ma vie depuis fort longtemps, je l’ai rendu officiel dès lors où il y a un an je l’ai annoncé à mon équipe le jour même du record de mars 2015. Je pense que c’était le bon moment !

Je voulais cette parenthèse dans ma carrière sportive pour plusieurs raisons ; la première étant de réaliser autre chose qu’un record du monde en installant une nouvelle dimension, celle d’associer des artistes à un projet purement sportif et de m’y coller en étant derrière le rideau, laissant évoluer les artistes à leur guise, et moi me laissant guider, glisser, rouler, pour juste devenir un élément de cette performance artistique…
Ma seconde raison étant d’aller voir plus loin dans les limites de mon potentiel physique, mentale pour découvrir encore un peu plus sur moi pour la suite, notamment cette ultime tentative en 2017. Ma 3ème et dernière raison étant de réaliser une 1ère mondiale, ce privilège de l’Unité, d’être le 1er à …, certes un peu égocentrique mais pas tant vu l’engagement !

Nous sommes toujours préparés à réaliser ce que nous écrivons dans le déroulé d’un projet, mais pour le vivre pleinement il faut tenir compte de cette part d’inconnue qu’il faut dans chacun de ceux-ci. Cette inconnue qui permet ce petit plus qui nous dépasse tous mais qui nous emporte et nous apporte tant…

Ce projet nommé « Eclair » est le plus beau projet que j’ai mené durant ma carrière sportive. Je tenais à remercier Marco & Maélys, bien évidemment toute mon équipe mais surtout ce binôme fantastique qui a su tout au long de la découverte de ce projet s’adapter notamment sur l’aspect technologique car leur objectif affichée était bien de réaliser une performance artistique qui se traduit par une seule prise.
Pour cela il a fallu concevoir avec l’aide de société un vêtement connecté qui réagisse à la vitesse, à l’accélération mais aussi aux battements de mon cœur et ce, sous différentes couleurs. Ceci étant ma seule lumière mis à part la pleine lune et les étoiles…

Au delà de cet aspect performance artistique, je ne savais pas, et mon équipe encore moins que nous allions tous rencontrer quelque chose de subtil, de non palpable, et cela nous l’avons analysé que bien plus tard en repensant au projet, en en parlant ensemble.

Eclair nous a permis cette connexion énergétique entre nous du au fait de la nuit où nos repères sensoriels sont complètements ouverts faisant face à ce manque de communication visuelle des regards.

Notre approche briefings et débriefings des jours antérieurs alimentés par des séances de jeux et d’ateliers de lâcher prise émotionnel qui ont été des prémisses inconscients mais révélateurs de notre état sur le terrain et de l’après !

21h45 au sommet, une atmosphère légère, différente d’une tentative de record du monde où la pression est là mais sous un autre aspect, par le fait que j’enfourchais un vélo de série préparé et non plus sur une F1 du vélo avec tout l’inconfort qu’il engendre.

22h, tout va très vite, Marc me dit Eric vient tout est calé, il n’y a jamais autant eu de monde au bas de la piste que pour une tentative de record du monde.
Nuit noire au pied de la piste, sur la piste et au sommet on aperçoit juste le village de Vars au bas de la montagne, c’est magnifique à l’égal d’une carte postale.

Les 6 caméramans ayant réquisitionnés le stock disponible à la location sur le marché Français de caméras haute définition capable de filmer de nuit sont en places tout comme les photographes, je n’ai plus qu’à y aller.

Maélys au sommet m’habille de ces vêtements de lumière puis connecte toutes les leds en lançant la connectique de la courbe de la pente au préalable intégrée dans le programme des leds pour que les effets de couleurs puissent s’exprimer offrant au spectateurs une vison scénographique de ma descente.

Je suis prêt à en découdre, prêt une fois de plus à entrer en action et me retrouver une fois de plus aussi face à moi-même, ce qui me manque tant dans la vie de tous les jours.

Même protocole de départ que pour une tentative de record du monde, Marc m’appelle :
Eric vient tout est calé ?
J’arrive.
Le silence une fois de plus est palpable, les groupes électrogènes et les fumigènes sont en veille, je monte sur le vélo, Marc annonce à Philippe et Mathias au bas dans la cabane : Eric est prêt !

Départ 1mn…
Une touche sur l’épaule de Marc, 3 profondes respirations et me voilà dans ma bulle.
Marc au tolki me dit afin qu’en bas tout soit entendu : Eric tu es prêt ?
Oui.
3, 2, 1, go
1er tiers de la pente je me dis ; putain, quelle sensation bizarre ! En effet à l’arrêt je vois tout, le sol blanc éclairé par la lune, quelque repères visuels au sol mais au fur et à mesure de l’accélération je ne vois plus rien, plus aucun repère, je rentre donc dans le sensoriel avec la sensation de subir le run au lieu de le vivre, fait chier !
Quel dommage moi qui voulait entrer dans un état second, de grâce, par cette hormone nommée Sérotonine que l’on attrape lorsque tout est sous contrôle ou rien ne peut m’arriver…Que je pensais sublimer par cette soirée étoilée de pleine lune.

La piste n’étant pas préparée comme pour un record du monde, les petites vagues sur la seconde partie la plus rapide sont devenues de grosses vagues et je ne contrôle plus rien, je subi en essayant de rester sur ma monture. J’ai tenu bon mais c’est je crois le pire de tous mes runs officiels.

15/20 secondes après mon départ me voilà au bas avec tout ce monde à la fois émerveillé et frustré par cet événement éphémère qui est déjà terminé, snif !

Bien évidemment il y a eu l’après performance que j’avais scénarisée par mon imagination ; avoir une sorte de bar de comptoir des glaces avec des poufs et des peaux de bêtes synthétiques mais chaudes où des barmans servent de petits verres de rhum bien glacé à qui en voulait…Apportant ainsi une plus grande longueur à cet événement éphémère, à cette performance artistique et humaine.

Quelques minutes plus tard, Eclair était déjà derrière, devant désormais cet ultime challenge en 2017…