2015 - Record du Monde 223,30 km/h

Eric Barone > 2015 – Record du Monde 223,30 km/h

RECORD DU MONDE

2015

28 mars 2015, un sacré run !

5h15 briefing avec toutes les équipes avant de monter dans les dameuses. Durant ce briefing les services de la station de Vars nous ont annoncé un vent violant au sommet ce qui pourrait fortement compromettre la tentative en ayant à l’esprit que durant les 3 semaines restantes de la saison d’hiver ce ne serait pas possible de venir à cause du manque de neige et d’une météo clémente et que de toute manière mon équipe ne pourrait plus être mobilisée ayant d’autres obligations professionnelles

Je me suis donc dès cette nouvelle recroquevillé dans ma bulle, mon intérieur afin d’évacuer ce mauvais stress pouvant induire sur la performance que je m’apprêtais à réaliser.

6h00 mon équipe au sommet s’affaire à la mise en place du départ sous le management de Marc tout comme l’emplacement des photographes et des caméramans dans la pente qui est une opération délicate et dangereuse par l’environnement rendu encore plus hostile par ces rafales de vent, ce froid glacial et une neige tout aussi glacée, ce malgré un ciel clair sentant le soleil levant.
La mise en place du start avec un protocole de lancement est répétée par chacun des membres de mon équipe à son poste. En parallèle les services de la station, pisteurs et le balai incessant des dameuses et scooters s’activent.

Les mots pesés et mesurés de Philippe Billy, le Monsieur de la vitesse par sa pratique de haut niveau en ski mais surtout par la gestion depuis des décennies de cette piste incroyable de vitesse à Vars. Philippe a souvent les bons mots pour rassurer et dire stop si ça ne va pas, l’écouter est important.

6h45 me voilà au sommet, je sors de la dameuse et prend la température de l’ensemble des équipes. En effet un vent latéral en rafales c’est installé rendant l’air très froid, – 20° annoncé, tout le monde se frotte les mains, se tape dans le dos pour faire face à ce phénomène météo car en mars logiquement tout est plus doux sur Vars par un micro climat méditerranéen.

Pour le moment selon Philipe, il est hors de question que je m’élance du sommet, trop risqué. Entre temps ces rafales ne se calment pas en intensités mais en espacements, donc un espoir nait !

Marc du sommet échange régulièrement avec Philippe qui est au bas dans la cabane de chronométrage avec Mathias le pendant de Marc manageant les équipes du bas.

Marc vient régulièrement me voir dans la dameuse pour me rassurer ou pas, mais cela me permet de mieux comprendre la situation dans ces moindres détails car au final, c’est moi qui prendrait la décision de me lancer. L’enjeux est énorme car au delà de la météo, j’ai des comptes à rendre notamment d’ordre financier, je dois donc faire la balance avant de prendre la décision.

7h30 Marc me rend compte de la situation, la seule possibilité étant un engagement entre deux rafales de vent.

Le froid glacial, ces rafales entretenant ce froid tout comme une neige non plus dur comme j’aime rouler dessus mais glacée, bleue changeant ma manière de rouler surtout au départ ou tout est peu rapide. Je me conditionne donc à rouler sur des œufs, je dois être aussi fin que cela au moins jusqu’au rocher si je veux réussir.

Impossible de pisser avec ce froid, je fais donc sur moi dans cette combinaison si étroite que j’ai du mal à respirer. La claustrophobie essaye de rentrer dans mon esprit, je dois l’évacuer car c’est là mon point faible dans cette discipline.

Voilà c’est fait ouf !!!!

Je suis au bord de la piste, au départ, Marc et les membres de mon équipe me regardent sans rien dire, le silence est pesant, je dois le stopper ! Je demande donc à Marc de dire à Philippe qui est à la cabane de chrono de me faire confiance me donnant le feu vert, je l’obtient mais si le record ne tombe pas je ne remonterai pas…

Ce détail devient donc mon point principal de réussite. Mentalement je déclenche mon processus de respiration qui me permet de faire le vide, de ne penser qu’à ma gestuelle, à ma trajectoire délicate par ce manque de neige. Marc me dit de me préparer à monter sur le vélo et d’attendre la bonne fenêtre météo qui est un instant sans rafales…

Les regards se figent, je le sens, je le vois, me voilà encore une fois seul face à mon destin.
Je pense à cette neige glacée, bleue, je me concentre de nouveau sur ma respiration et ma trajectoire, j’ai évacué de ma tête les rafales de vent, je regarde l’horizon, j’ai très froid…

7h40 Marc parle au talkie en annonçant : Eric est prêt ! Marc me demande de monter sur mon vélo, les membres de mon équipe en charge des postes délicats de la tenue de mon vélo sont tous très concentrées, j’enjambe mon vélo, le silence règne.

7h42 Marc parle au talkie en annonçant : Eric est en place, êtes-vous prêts au chrono ?
Un oui retentie.
Marc me regarde, je cligne des yeux pour dire ok, je suis prêt à partir, Marc dit : Attention 3, 2, 1 GO !

C’est partie, la première partie du run jusqu’au rocher est compliquée car je dois faire un putain de léger virage pour éviter un trou de terre sur ma trajectoire, il y a peu de neige, la seconde partie superbement bien préparée avec l’apport de la technologie de damage au GPS me permet de m’ancrer dans une position totalement aérodynamique, je contracte tous mes muscles et renforce cela par un blocage de ma respiration jusqu’aux cellules. Je passe les cellules, je freine délicatement me laissant aller jusqu’à la télécabine. Là un pisteur arrive en moto neige et nous attendons ensemble le verdict ; 223,30Km/. Seulement 1 tout petit Km/h de plus, mais quel soulagement, record battu !…
Tout ce travail, 3 années d’approche pour seulement 1km/h. Il faut quelquefois savoir rester sage même si intérieurement une grande frustration s’installe. Pas d’entraînement du sommet en 2015, juste un run et le bon, c’est déjà une belle réussite.

Cette frustration fait naître instantanément dans mon esprit une vision à 2 ans ; partir en 2016 de nuit du sommet un soir de pleine lune et en 2017 une ultime tentative de record du monde. J’ai annoncé ceci à toute mon équipe quelques heures après ce record, 223,30Km/h.